La culture du colza

Lettre technique rédigée par les techniciens de Biocer

La culture du colza est réputée comme étant techniquement difficile en agriculture biologique. Toutefois, certains producteurs réussissent régulièrement à obtenir des résultats satisfaisants, en veillant à actionner toutes les clés de réussite mentionnées dans cette lettre de synthèse. Les parcelles situées dans une région où il y a peu de colza conventionnel ont un avantage par rapport à la problématiques insectes.

UNE PLACE DE CHOIX DANS LA ROTATION : UN ASPECT PRIMORDIAL EN COLZA !

Le colza est une culture très exigeante, notamment en azote, et tout particulièrement au démarrage et à la reprise de végétation. Il est donc essentiel de lui offrir une place de choix en tout début de rotation, et en tous les cas, dans les deux années qui suivent le retournement d’une luzerne ou d’une prairie temporaire contenant des légumineuses.

Le colza est très exigeant en azote, mais il en restitue également beaucoup. Ainsi, placer le colza en deuxième année après la destruction de la prairie temporaire (PT) ou de la Luzerne (L) est tout-à-fait envisageable et permet d’augmenter le nombre de cultures exigeantes à forte valeur ajoutée dans la rotation soit :

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De plus, ce positionnement en deuxième année après prairie ou luzerne permet de s’affranchir des conditions de destruction de ces dernières qui peuvent être parfois extrêmement difficiles les étés secs (de plus en plusfréquents).

L’IMPORTANCE DE LA DATE DE SEMIS PRECOCE :

Idéalement, les semis de colza en agriculture biologique doivent être terminés au 15 août !

La période optimale de semis s’établit entre le 10 et le 15 août ! L’objectif est de pouvoir bénéficier des pluies d’orage de fin août pour s’assurer d’une bonne levée, et d’avoir ensuite un colza qui se développe très rapidement, en décalage avec les semis de colza conventionnel qui seront effectués 10 à 15 jours plus tard. Semer tôt permet de limiter l’incidence des ravageurs et des maladies automnales(phoma).

Les petites et grosses altises sont très redoutées en début de cycle. Les semis très précoces sont souvent moins exposés. Et lorsque le colza a atteint le stade 3 feuilles vraies, il n’est plus sensible aux altises. Veiller, si possible, à ne pas semer du colza à proximité d’une parcelle de colza de l’année précédente (repousses = foyer d’altises).

Les limaces: idem, le colza n’y est plus sensible au-delà du stade 3 feuilles vraies.

Phoma : au-delà du stade 6 feuilles vraies, le colza n’y est plus sensible. Ainsi, si on a semé plus tôt, on atteint le stade 6 feuilles avant le pic de sporulation.

Un colza semé tôt, qui possède un gros collet avant l’entrée d’hiver (objectif : 50 % des pieds avec un diamètre > 15 mm) et une forte biomasse (>1,2kg/m2), sera globalement beaucoup moins sensible aux autres insectes d’automne (charançon du bourgeon terminal, larves de grosses altises) et de printemps (charançon de la tige, charançons dessiliques, pucerons cendrés).

BIEN CHOISIR SA(SES) VARIETE(S) :

La variété choisie doit présenter une résistance aux maladies, principalement au phoma, et ne pas être sensible à l’élongation automnale. Les variétés que nous vous proposons au catalogue respectent ces critères.

Idéalement, il faut associer deux variétés : la variété principale semée à 95 % et une variété secondaire, plus précoce, semée de 5 à 10 % (ES ALICIA souvent recommandée). Avoir une variété plus précoce sur la parcelle permet de limiter l’impact des attaques de méligèthes au printemps.

SOIGNER ET REUSSIR SONSEMIS : DÉTERMINANT POUR LA SUITE !

La qualité du semis est déterminante en colza. Il est important de semer dans un lit de semence fin et bien préparé. L’utilisation d’un semoir mono graine de précision avec roue plombeuse est un gage supplémentaire de réussite, notamment en conditions sèches. Le semis peut être roulé pour éviter les cavités du sol propices au développement des limaces.

Densité de semis : viser 20/30 pieds levés en hybride, et 30/40 pieds levés en lignée. Il est important de ne pas semer trop « dru ». Un colza semé plus clair compensera plus facilement en cas de fortes attaques d’insectes.

LA FERTILISATION : UN AUTRE POINT CLÉ !

C’est un point clé pour la réussite de cette culture. A la levée on estime son besoin en azote à environ 100 unités et 50 à 80 unités à la reprise de végétation. Comment les apporter ?

Disposer d’un précédent laissant un reliquat azoté important est indispensable (PT ou L).

Cette culture doit être une priorité pour l’apport des engrais de ferme : fumier avant labour et/ou apport de lisier au printemps. Ceux-ci apporteront également les éléments P, K, S et B nécessaires au bon développement du colza. En cas d’absence d’engrais de ferme, l’utilisation d’engrais à minéralisation rapide du commerce (fientes, bouchons) peut être envisagé au printemps. Un apport de soufre (Kiésérite) peut aussi être envisagé dans ce cas car cet élément permet une meilleure valorisation de l’azote.

DÉSHERBER OU ASSOCIER ?

Désherber : si le colza n’est pas associé, il est possible d’envisager de passer la houe ou la herse étrille à partir du stade 4 feuilles. Le passage de bineuse peut se faire à partir du stade 6 feuilles. A reprise de végétation au printemps, il est possible de biner également. Mais, en l’absence d’hiver, il ne sera pas possible de passer car le colza couvrira entièrement le sol.

Associer : certains producteurs préfèrent associer le colza avec une plante compagne. En effet, derrière PT ou L dans une rotation équilibrée, le recours au désherbage mécanique n’est pas forcément nécessaire. Dans ce cas, la plante compagne peut avoir plusieurs rôles :

  • Concurrence vis-à-vis des mauvaises herbes (le sarrasin qui se développe très rapidement, et qui est gélif à 0°C) semble le plus indiqué pour cet usage.
  • Fournitures d’azote au printemps par la minéralisation des légumineuses gélives (lentilles de printemps, féverole de printemps, trèfle d’Alexandrie, …).
  • Maîtrise des insectes automnaux : la féverole est connue pour son « effet de confusion » vis-à-vis des altises.
  • Relai azoté pour le blé qui suivra : les trèfles blancs nains ABERACE et RIVENDEL sont intéressants dans ce cadre.

Quelques exemples de mélanges possibles :

Féverole de P / Lentille / Trèfle blanc nain (40 kg/ha / 10 kg/ha / 2 kg/ha). Féverole de P / Sarrasin / Lin / Trèfle blanc nain (25 kg/ha / 8 kg/ha / 4 kg/ha / 2 kg/ha).

LE CHOIX DU RETOURNEMENT : QUAND LE COLZA SE TRANSFORME EN CULTURE INTERMÉDIAIRE

C’est un choix parfois difficile mais nécessaire : le retournement du colza. Si, malgré une mise en place de tous les leviers indiqués ci-dessus, il s’avère que le colza est mal parti (salissement, mauvaise levée, mauvaise répartition, petits pivots en entrée hiver, …), il est préférable de le retourner et de partir sur un blé d’hiver ou de printemps. Le colza aura servi de culture intermédiaire…

Travail réalisé dans le cadre du Plan Bio Hauts-de-France :

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