L’hydrologie régénérative : cultivons l’eau

Depuis Pierre Perrault, qui au 17ème siècle posa les bases du cycle de l’eau, notre compréhension s’est affinée : une grande partie des pluies continentales provient en réalité des sols et de la végétation. Entre eau « bleue » et eau « verte », ces cycles interdépendants sont aujourd’hui perturbés par les transformations des territoires. Face à ces déséquilibres, l’hydrologie régénérative propose de restaurer la capacité des sols et des paysages à faire circuler l’eau naturellement.

Cet article s’inscrit dans la continuité de la conférence de Samuel Bonvoisin, de Permalab, expert de l’hydrologie régénérative, qui est intervenu lors de notre journée régionale des territoires. Son éclairage a permis de mieux comprendre les dynamiques de l’eau et les leviers d’action pour les territoires.

Lorsqu’au XVIIᵉ siècle, Pierre Perrault comprend que les eaux de surface sont formées par la pluie qui tombe et non pas par des tuyaux souterrains les reliant avec les océans, il donne naissance à l’hydrologie et introduit la notion de cycle de l’eau.

Aujourd’hui, nous savons que le cycle de l’eau est un peu plus complexe que ce que pensait Pierre Perrault. La pluie qui tombe sur nos champs peut provenir de l’océan mais également du continent.

Apparaissent alors deux cycles de l’eau : le cycle de l’eau bleue, et le cycle de l’eau verte. Le premier est constitué de l’eau qui s’évapore des surfaces des océans et retourne dans les océans directement ou après avoir été dans les continents ; et le second de l’eau verte, c’est-à-dire de l’eau qui s’évapore et qui se recondense à l’intérieur du continent.

Aujourd’hui, le cycle de l’eau verte est perturbé par la perte de capacité des sols à stocker et infiltrer l’eau. Les récentes évolutions – remembrement agricole, agriculture intensive et imperméabilisation des sols à l’échelle mondiale – ont entrainé le franchissement des limites planétaires de l’eau verte ainsi que de l’eau bleue.

L’hydrologie régénérative est donc une discipline qui veut sortir du paradigme de gestion des surplus d’eau par drainage et des manques par irrigation. Elle propose de mettre en place des pratiques à l’échelle de la parcelle, mais surtout du bassin versant et du territoire afin de restaurer les équilibres du cycle de l’eau.

Hydrologie régénérative et agriculture biologique

La restauration des cycles de l’eau implique de ralentir, d’infiltrer, de stocker et de favoriser l’évapo-transpiration sur la parcelle et sur le territoire plutôt que ça reparte directement à la mer.

A l’échelle de la parcelle, l’hydrologie régénérative propose par exemple de semer selon les courbes de niveaux, creuser des baissières, des fossés, ou construire des fascines. Ces procédés permettent de bloquer l’écoulement de l’eau à la surface, en lui laissant d’avantage de temps pour s’infiltrer dans le sol.

Au-delà de ces aménagements, le stockage de l’eau par capillarité dans les sols est favorisé par des sols riches en matière organique issue de la dégradation des racines mortes des cultures pérennes ou encore par les racines et les réseaux mycorhiziens des arbres. Ainsi, l’agroforesterie, la restauration des prairies mais aussi la réduction du travail du sol contribuent fortement à améliorer les capacités de stockage d’eau de nos sols.

C’est en ce sens que l’agriculture biologique va contribuer de manière significative à améliorer le cycle de l’eau à travers la remise en herbe, le maintien et l’amélioration de la fertilité des sols et le respect des cycles naturels. En effet, l’augmentation d’un point de matière organique dans les sols permet un stockage supplémentaire de 250 m3 d’eau par hectare, soit 2 à 3 tours d’irrigation évités (+ 1% de MO = + 5 à 18% de Réserve Utile – Sources : rapport Arvalis/Onidol 2007).

L’étude de l’ITAB de 2024 sur les externalités positives de la bio précise bien que – (Source : Quantification des externalités de l’AB – Résumé Sol.pdf)

De plus, nombreux sont les agriculteurs bio à replanter de la haie, développer l’agroforesterie et réduire le travail du sol.

Ce qui demeure certain, c’est, d’une part, que s’intéresser à la dimension quantitative de la disponibilité de l’eau ne remplace en rien la nécessité de préserver sa qualité. D’autre part, la création d’espaces de stockage en surface ne suffit pas, à elle seule, à s’inscrire dans une démarche d’hydrologie régénérative, laquelle doit être pensée en cohérence avec l’ensemble du système. Les projets de recherche et développement menés par Bio Hauts-de-France, en collaboration avec les producteurs de son réseau — notamment ABAC (Agriculture Biologique de Conservation), Engrais Verts et AgriBioDiv (en faveur de la biodiversité des sols) — contribuent ainsi à promouvoir des pratiques plus vertueuses.

La restauration (collective) des cycles de l’eau

Enfin l’hydrologie régénérative ne se limite pas à la parcelle ou à la ferme. Même si certaines initiatives sont inspirantes, l’hydrologie régénérative se réfléchit, au moins, à l’échelle du bassin versant. Ainsi, réussir à mettre tous les acteurs autour de la table afin d’acquérir les connaissances, compétences et s’accorder sur une volonté politique claire est une nécessité. Le travail engagé par Bio en Hauts-de-France depuis plus de 20 ans pour développer la bio dans les territoires aux côtés des collectivités constitue un ingrédient précieux de réussite de cette transition.

D’ailleurs, suite au séminaire dédié à l’agriculture régénérative, le 14 octobre au Parc naturel régional Oise Pays de France, dans le cadre du réseau des territoires bio, plusieurs agriculteurs et collectivités bios ont manifesté leur intérêt pour s’investir dans une démarche expérimentale de mise en œuvre.

Ainsi fin janvier 2026, notre réseau FNAB s’est réuni autour des opportunités que l’hydrologie régénérative ouvre pour les fermes en bio. Nous sommes en cours de formation pour être en mesure d’accompagner au mieux ces initiatives. N’hésitez donc pas à nous contacter si ce sujet suscite votre intérêt.

Yseult CLANET

Conseillère-animatrice en grandes cultures

07 87 32 93 41
y.clanet@bio-hdf.fr