[PORTRAIT] Gregory Delassus, éleveur de porcs et de bovins, Moustier-en-Fagne (59)

Installé en agriculture biologique depuis 2005, Gregory Delassus développe depuis vingt ans une ferme où élevage, environnement et circuits courts sont étroitement liés. Mais aujourd’hui, c’est un projet inédit dans la région qui le mobilise : la création d’un abattoir de porcs directement à la ferme.

L’histoire commence à Borre, près d’Hazebrouck, sur la ferme familiale d’une trentaine d’hectares consacrée aux légumes et aux pommes de terre. Après une formation agricole puis un BTS à Amiens en gestion de l’eau et de l’environnement, Gregory s’oriente vers l’élevage. C’est en Bretagne, lors d’une formation sur la production de porc bio (avec le GABnor, ex-Bio en Hauts-de-France !), que le déclic se produit. Il découvre des élevages où les cochons vivent en plein air et des éleveurs heureux de leur métier.

De retour dans le Nord, il décide de se lancer. Il élève des cochons dehors, avec des cabanes inspirées des systèmes bretons. À l’époque, la filière porcine bio est presque inexistante dans la région. Gregory choisit donc de maîtriser toute la chaîne : élevage, transformation et vente directe.

La commercialisation démarre à la ferme avec des demi-cochons et des colis de viande. Très vite, l’offre s’élargit avec une gamme de charcuterie et un rayon boucherie. La demande pour le bœuf émerge rapidement. Faute de prairies à Borre, il constitue progressivement un troupeau allaitant en s’appuyant sur de l’écopâturage, un peu partout en région.

En 2012, une opportunité l’amène à s’installer dans l’Avesnois, à Moustier-en-Fagne, sur 80 hectares de prairies. Aujourd’hui, la ferme compte environ 120 hectares et un troupeau d’une cinquantaine de vaches allaitantes de races Rouge flamande et Angus, en système tout herbe. L’atelier porcin comprend 25 truies pour environ 400 à 500 porcs par an. Les viandes et charcuteries sont vendues en direct, à Borre via une AMAP et aux Halles de Wazemmes à Lille.

Depuis plusieurs années, Gregory développe un important travail en faveur de la biodiversité*. Les prairies sont conduites en pâturage tournant et un projet d’agroforesterie a permis de planter 5 km de haies en plus des 18 km déjà existants. Véritable « coffre-fort alimentaire », ces haies servent à la fois de ressource alimentaire pour le troupeau et de réserve de bois pouvant être valorisé en litière ou pour le chauffage.

Mais un maillon lui échappe encore : l’abattage. La fermeture de l’abattoir le plus proche a allongé les transports et compliqué l’organisation. Pour Gregory, la question est aussi éthique : comment garantir le bien-être animal jusqu’au bout si les animaux doivent parcourir des dizaines de kilomètres ?

La réponse prend aujourd’hui la forme d’un projet pionnier : un abattoir de porcs à la ferme. Cet outil permettra d’abattre uniquement ses propres animaux, dans un cadre réglementaire équivalent à celui d’un abattoir classique. Le projet, d’un montant d’environ 250 000 euros, repose sur des modules techniques spécialement conçus pour ce type d’installation.

Une cagnotte citoyenne a déjà réuni plus de cent contributeurs, un soutien précieux pour convaincre les financeurs et montrer l’intérêt des consommateurs pour ce modèle. L’objectif est de démarrer avant l’été.

Au-delà de sa propre ferme, Gregory entend créer un premier exemple capable d’inspirer d’autres éleveurs. « Il me manquait un modèle. S’il existe, d’autres pourront s’en emparer », résume-t-il.

Fermoscopie :

  • 2005 : installation sur la ferme familiale, 100% AB
  • 2011 : magasin aux Halles de Wazemmes à Lille
  • 2012 : installation à Moustier-en-Fagne
  • SAU : 120 ha (70ha attenants + 30 ha de fauche + 20 ha partenariats)
  • VENTE : en direct
  • CHEPTEL : 50 vaches allaitantes + 25 truies