[PORTRAIT] Hervé Lingrand, polyculteur-éleveur à Leforest (62)

À Leforest, la ferme d’Hervé Lingrand est la seule en élevage du secteur. Ici, sur 130 hectares cultivés en grande partie en agriculture biologique, tout semble pensé pour trouver un équilibre : élevage et cultures, autonomie et débouchés, convictions et réalité économique. « Notre ferme, c’est un tabouret à trois pieds : le lait, les cultures et le maraîchage », résume Hervé, 58 ans, installé sur la ferme familiale depuis 1990.

En GAEC avec son fils Gauthier, 34 ans, il a engagé la ferme dans une profonde transformation. Le tournant décisif remonte à 2010, avec la conversion du troupeau laitier. À l’époque, la crise du lait fragilise les fermes conventionnelles. « On produisait beaucoup mais on ne gagnait pas forcément mieux notre vie », se souvient Hervé. En assistant à une formation co-organisée par la Chambre d’agriculture et le Gabnor (ex-Bio en Hauts-de-France), il réalise que le cahier des charges bio n’est finalement « pas si éloigné » de ses pratiques.

Au départ, le passage en bio s’accompagne d’une forte dépendance aux aliments achetés, coûteux et peu cohérents avec le projet. Hervé cherche alors une autre voie : produire un fourrage de haute qualité. En 2013, il investit dans un séchoir en grange. Une révolution sur la ferme.

« Aujourd’hui, nos vaches n’ont plus besoin de concentrés », explique Hervé. Les 50 laitières sont nourries principalement avec de l’herbe séchée, de la luzerne et des betteraves fourragères produites sur la ferme. Résultat : une autonomie alimentaire presque totale et une production stabilisée entre 320 000 et 350 000 litres de lait par an.

La plus grosse partie du lait est vendue à la Prospérité Fermière, le reste est transformé directement à la ferme. Depuis la période Covid, sa fille Chloé a développé un atelier de fabrication de yaourts, fromage frais et beurre. La belle-sœur d’Hervé réalise également confitures et gaufres fourrées à partir des fruits produits sur place. Le maraîchage reste une activité essentielle : asperges, fraises et une vingtaine de légumes sont vendus en direct tout au long de l’année.

Cette diversification est devenue la marque de fabrique de la ferme. En bio, les céréales servent désormais à la multiplication de semences, tandis que la luzerne contribue à fertiliser naturellement les sols.

La ferme doit cependant composer avec une contrainte particulière : l’héritage de l’ancienne usine Metaleurop. Une grande partie des terres se situe dans une zone soumise à des contrôles sur les métaux lourds. Certaines cultures maraîchères ont dû être abandonnées, tandis qu’une partie du maïs est orientée vers une unité de méthanisation à Dourges. « On joue sur tous les tableaux pour sécuriser les débouchés et tout valoriser », explique Hervé.

Malgré ces contraintes, Hervé ne regrette pas son choix de l’agriculture biologique. « En conventionnel, on arrivait au bout d’un système incohérent. En bio, le travail est techniquement plus intéressant, il faut observer davantage et anticiper. » Il y voit aussi un bénéfice pour la santé, l’environnement et les relations avec le voisinage : « J’ai beaucoup de parcelles près des habitations. Quand je travaille mes champs, j’ai l’esprit tranquille vis-à-vis des riverains. »

Un temps regardé avec scepticisme, le modèle de la ferme attire aujourd’hui davantage de curiosité. Avec la Fête du lait bio, organisée le dimanche 31 mai 2026, la famille Lingrand ouvrira ses portes aux habitants de Leforest et d’ailleurs pour un petit-déjeuner convivial et un moment d’échange autour de son métier. Une belle occasion de faire découvrir au grand public son savoir-faire et son engagement en faveur de l’agriculture biologique.

Fermoscopie :

  • 1990 : installation sur la ferme familiale
  • 2010 : début de la conversion en bio
  • SAU : 130 ha dont 115 ha en bio
  • PRODUCTION : grandes cultures, maraichage, lait
  • CHEPTEL : 50 vaches laitières
  • VENTE : en coopérative et en direct
  • EMPLOI : 5 ETP