L’ensemble des productions biologiques a été fortement impacté par les épisodes de canicule et de sécheresse de l’été 2026. Les conséquences se traduisent à la fois par des baisses significatives de rendement, des pertes de production dans les cheptels ou de potentiel de reproduction, une dégradation des conditions de production et une forte augmentation des charges d’exploitation. Les difficultés rencontrées auront également des effets différés sur les productions d’automne et d’hiver.
Cette synthèse a été élaborée au cours de l’été 2026 à partir d’une enquête menée auprès des agriculteur·rices bio des Hauts-de-France, visant à mesurer les difficultés rencontrées par les fermes bio dans le contexte actuel et à anticiper leurs conséquences dans les prochains mois.
L’analyse repose sur 101 réponses de fermes, recueillies entre le 15 juillet et le 25 août 2026, à la suite du questionnaire diffusé au cours de l’été. L’enquête avait pour principaux objectifs d’estimer les pertes et les manques à gagner, d’évaluer les conséquences attendues à court et moyen terme et d’identifier plusieurs leviers d’action permettant de soutenir les fermes biologiques. Elle s’inscrit ainsi dans une volonté de maintenir la dynamique de transition agricole et alimentaire portée par les objectifs du Plan Bio Régional.
Les pertes sont estimées à 30 à 50 % en moyenne sur les principaux légumes, avec, pour certaines séries semées (carottes, choux, betteraves, épinards, haricots) ayant été perdues à 100 %.
Les légumes d’été ont subi les effets de la chaleur et du déficit hydrique. Les salades sont particulièrement touchées en raison des difficultés de repiquage dans des sols trop secs. Les tomates, concombres et courgettes ont pu être récoltés, mais avec des rendements et une régularité de production pénalisés par les avortements floraux, les brûlures et la forte pression des acariens.
Les légumes d’hiver sont particulièrement préoccupants. La pomme de terre présente une baisse de rendement estimée entre 30 et 50 %, avec dans certains cas des phénomènes de rejumelage liés au stress hydrique. Les semis de carottes et de betteraves rouges ont dû être renouvelés à plusieurs reprises et réalisés tardivement, avec des conséquences attendues sur les rendements et les calibres. Les choux, radis et navets ont subi une forte pression des altises, tandis que les poireaux ont enregistré des pertes lors du repiquage.
Face à ces conditions, les maraîchers ont dû multiplier les adaptations : blanchiment des serres, augmentation des fréquences d’arrosage et du bassinage, paillage, renforcement de l’irrigation et installation de goutte-à-goutte, re-semis et resserrement des cultures afin de limiter les surfaces à irriguer.
Ces mesures ont généré des surcoûts estimés de 500 à 30 000 € par ferme, liés notamment à l’augmentation du temps de travail, à l’adaptation des systèmes d’irrigation et à la hausse de la consommation d’eau et d’énergie.
À moyen terme, la réduction des volumes et, dans certains cas, de la qualité des légumes devrait entraîner une gamme automne-hiver moins diversifiée, avec un risque de perte de clientèle, de baisse du chiffre d’affaires et de difficultés à maintenir la rémunération des salariés pendant l’hiver.
Les cultures de plein champ ont subi des impacts comparables sur les pommes de terre, carottes et betteraves rouges. Les autres productions sont également fortement touchées :
- haricots verts : environ 50 % de baisse de rendement ;
- courges : 30 à 50 % de pertes, avec des calibres réduits ;
- oignons : diminution importante des calibres et risque de déclassement ;
- endives : environ 30 % de baisse de rendement.
L’irrigation a permis à certaines fermes de sécuriser une partie de leur production. Toutefois, seuls 37 % des légumiers ayant répondu à l’enquête disposent d’un système d’irrigation, et cette sécurisation s’est accompagnée d’une hausse importante des charges, avec 250 à 400 € supplémentaires par hectare consacrés à l’irrigation.
Les élevages laitiers enregistrent une baisse moyenne de production de lait de 15 à 20 %, pouvant atteindre ponctuellement 40 %, accompagnée d’une dégradation de la qualité du lait, notamment avec une hausse du taux cellulaire.
Cette perte de production de lait est associée à une baisse de la production de fourrages. Les prairies permanentes ont subi des pertes estimées à près de 50 %, avec parfois une impossibilité de pâturer dès le début du mois de juin. Les prairies temporaires enregistrent quant à elles 25 à 30 % de pertes, avec de fortes incertitudes concernant leur capacité de repousse à l’automne.
La canicule a également fortement affecté les animaux : baisse d’appétit, perte de poids, problèmes respiratoires, stress accru lié aux insectes et risques de perturbation de la reproduction.
Les éleveurs ont mis en place de nombreuses mesures d’adaptation : retour temporaire en bâtiment, affouragement, pâturage de nuit, amélioration de l’accès à l’eau, voiles d’ombrage, douchettes, surveillance renforcée des animaux et des abreuvoirs, ainsi que, dans certains cas, passage en monotraite (2 réponses sur 24).
Ces adaptations ont généré des surcoûts importants, notamment pour l’achat de fourrages, estimé entre 5 000 et 15 000 € par ferme, ainsi qu’une augmentation du temps de travail pouvant atteindre une heure supplémentaire par jour.
La principale inquiétude concerne désormais l’épuisement des stocks de fourrages, alors même que les conditions de reprise des prairies restent incertaines. À cela s’ajoutent des risques de dégradation de la fertilité et de la reproduction, susceptibles d’entraîner des décalages de vêlages en 2027.
Les élevages allaitants et producteurs de viande sont également directement touchés par le déficit fourrager. La dégradation des prairies et la réduction des possibilités de pâturage entraînent une baisse de l’état corporel et du poids des animaux, ainsi que des risques concernant leur fertilité et leur reproduction.
Le recours anticipé aux stocks fourragers constitue un facteur de fragilisation supplémentaire pour les fermes, dans un contexte où les capacités de reconstitution des stocks restent très incertaines.
Les vergers enregistrent une baisse moyenne d’environ 30 % de fruits, conséquence directe de la canicule. Les calibres devraient également être réduits, même si la qualité des fruits reste globalement satisfaisante.
Les vergers anciens et bien implantés ont globalement mieux résisté, malgré des symptômes de dessèchement du feuillage. En revanche, les jeunes plantations ont été beaucoup plus vulnérables, avec une mortalité estimée entre 15 et 20 % des arbres malgré l’irrigation.
Certains vergers ont par ailleurs cumulé les effets de la sécheresse et de la grêle survenue au printemps. Dans ces parcelles, 85 à 95 % des fruits présentent au moins un impact, faisant craindre un déclassement important lors de la commercialisation.
Les grandes cultures biologiques enregistrent une baisse moyenne de rendement estimée entre 20 et 30 % pour les céréales, oléagineux et protéagineux.
Au-delà des pertes de rendement immédiates, la sécheresse compromet également les prochaines campagnes. Les cultures tardives, notamment le sarrasin et le chia, sont particulièrement exposées. Les semis de couverts végétaux, de luzerne, de trèfle et de colza sont retardés, voire rendus impossibles dans certaines situations.
L’impossibilité de réaliser les déchaumages dans de bonnes conditions complique également la gestion des adventices vivaces, notamment du chardon, et augmente le risque d’enherbement.
Enfin, l’échaudage affecte la qualité des récoltes et peut rendre impossible la production de semences de qualité, contraignant les exploitants à racheter des semences et à supporter des charges supplémentaires. Certaines cultures initialement destinées à la production de grain doivent par ailleurs être réorientées vers l’ensilage, générant un manque à gagner.
Synthèse globale
La canicule et la sécheresse de 2026 ont donc provoqué des pertes importantes et généralisées dans l’ensemble des productions biologiques. Les niveaux de pertes sont particulièrement élevés en maraîchage et sur certaines cultures légumières de plein champ, tandis que les élevages subissent une double pénalisation liée à la baisse des productions animales et à la diminution des ressources fourragères.
Les exploitants ont engagé des moyens importants pour limiter les dégâts : irrigation renforcée, achats de fourrages, adaptation des pratiques culturales, protection des animaux et augmentation du temps de travail. Ces mesures ont permis de préserver une partie des productions mais se sont traduites par une hausse significative des charges.
Au-delà des pertes déjà constatées, la situation fait peser des risques importants sur les mois à venir : épuisement des stocks fourragers, baisse des disponibilités en légumes d’automne et d’hiver, déclassement de certaines productions, difficultés d’implantation des cultures suivantes, dégradation de la fertilité des sols, problèmes de reproduction des animaux et baisse du chiffre d’affaires.
La canicule ne constitue donc pas uniquement un épisode de perte ponctuelle de rendement : elle fragilise durablement l’équilibre économique des ferme bio et leur capacité à assurer les productions des prochaines campagnes.
