Filière bio en Hauts-de-France : état des lieux d’une reprise encore fragile

A la suite de la conférence de presse donnée par l’Agence Bio le 16 juin 2026, présentant les chiffres nationaux des filières biologiques pour l’année 2025, Bio en Hauts-de-France et A PRO BIO font l’état des lieux pour la région Hauts-de-France.

Si le marché bio confirme une reprise progressive, la baisse continue du nombre de fermes et des surfaces en bio de la région fait peser un risque de décalage entre l’offre et la demande. Il est essentiel d’anticiper pour que la reprise du marché bénéficie aux acteurs régionaux et soit portée par une offre régionale.

Production : une baisse anachronique du nombre de fermes bio

Malgré les signaux de reprise du marché bio et des craintes de ruptures dans certaines filières à cause d’un déficit d’offre par rapport à une demande en hausse (lait, viande, œuf…) le nombre de fermes bio recule de 6% par rapport à 2024, passant de 1374 à 1298, ce qui correspond au niveau de 2020. Cette baisse est particulièrement marquée en production laitière et ce malgré des signaux de reprise des fabrications et de meilleures perspectives pour l’année 2026.

Les surfaces baissent également pour atteindre 54 143 ha, soit -6 900 ha par rapport au pic de 61 000 ha bio enregistré en 2022. Dans un contexte de risque de pénurie en production bio origine Hauts-de-France, la mixité des fermes représente un réservoir pour de futures conversions des surfaces régionales : il reste encore plus de 30 000 ha de surfaces conventionnelles chez les agriculteurs mixtes de la région : le cap à franchir pour la conversion est d’autant plus facile quand une partie de la ferme est déjà en bio.

Si les conversions sont à l’arrêt depuis 3 ans à cause de la déconsommation survenue lors de la période inflationniste, nous observons, en lien avec les signaux de reprise de marché de nouvelles sollicitations pour de futurs accompagnements de conversion et un nombre croissant de porteurs de projets à l’installation souhaitant le faire en agriculture biologique : en 2025, 16% des projets d’installation aidées en région l’étaient en agriculture biologique. L’enjeu du renouvellement des générations et l’atteinte des objectifs régionaux et nationaux du développement de la SAU et du nombre de producteurs passera nécessairement par des politiques incitatives en faveur de l’installation agricole en AB.

Ca va un peu mieux, on voit enfin un retour de la consommation bio. C’est encourageant, on revient vers nous pour nous proposer des contrats, même si ça ne suffit pas encore à améliorer la situation des comptes bancaires de nos fermes. La preuve, on a encore eu des déconversions l’année dernière en région, signe qu’il faut faire preuve d’un optimisme prudent.

Jean-Louis Proust, polyculteur bio à Erchin (59)

Transformation, des opérateurs encore fragilisés

Du côté de la transformation, la reprise du marché ne suffit pas encore à inverser la tendance.

  • 1372 entreprises de transformation agroalimentaire certifiées bio en région en 2025
  • -4,1% par rapport à 2024 – en comparaison -1% au national

Ce repli confirme les tensions qui pèsent encore sur ce maillon essentiel de la filière.

Distribution : le marché bio progresse de + 3,6 % tous circuits confondus

Cette progression reste toutefois à nuancer : le nombre de références bio en GMS continue de diminuer.

En Hauts-de-France, 35 % des habitants jugent l’offre bio insuffisante chez les artisans-commerçants et 42 % dans les restaurants.

On constate effectivement une hausse des volumes achetés, ce qui est une bonne nouvelle. […]. Cette reprise est étroitement liée à la précédente crise du marché bio et à sa restructuration : il y a beaucoup d’acteurs qui malheureusement ont cessé leur activité, et aujourd’hui la croissance des magasins bio est portée par ça, et par la GMS qui s’était retirée en partie du marché bio. Et si la GMS revient un peu sur le bio, on ne le voit pas aujourd’hui comme une forme de concurrence, au contraire, c’est que les gens retournent vers une consommation plus responsable.

Harold Tiberghien, Co-gérant Biocoop Saveurs et Saisons et Biocoop Label Vie.

La restauration hors domicile progresse également : + 6,9 % en restauration collective et + 1,2 % en restauration commerciale. Cette dynamique répond à une forte attente en Hauts-de-France : 70 % des habitants sont intéressés par des produits bio au restaurant.

Consommation : un retour progressif du bio dans les achats alimentaires

L’amélioration observée dans les circuits de distribution se confirme également du côté de la consommation. Avec 12,6 Md€ de consommation bio à domicile, le bio représente désormais 5,8% de l’assiette des Français.

Cette progression est principalement portée par les fruits et légumes, les produits d’épicerie ainsi que les jus et boissons rafraîchissantes (près de 60 % de la croissance). En région, cette dynamique fait écho aux attentes des consommateurs : 65 % des habitants se disent préoccupés par les effets de l’alimentation sur leur santé et 80 % estiment que l’agriculture biologique contribue à préserver l’environnement.

Les évolutions restent contrastées selon les catégories : les boissons alcoolisées bio poursuivent leur recul, tandis que la volaille progresse légèrement, contrairement aux autres filières de viande.

Souveraineté alimentaire

Les produits français demeurent largement majoritaires dans la consommation bio.

Le bio répond aujourd’hui aux enjeux de souveraineté alimentaire, mais c’est aussi un élément de réponse à d’autres enjeux importants : à la qualité de l’eau en utilisant moins d’intrants, mais aussi au réchauffement climatique puisqu’on utilise beaucoup moins de transports en bio.

Harold Tiberghien, Co-gérant Biocoop Saveurs et Saisons et Biocoop Label Vie.