Comment la gestion du pâturage façonne la flore

Bio Hauts-de-France, en partenariat avec le Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN), a consacré cette année un focus sur la reconnaissance de la flore des prairies et l’influence des pratiques d’élevage sur la diversité floristique des milieux. Entre mai et fin juin, trois tours de prairies ont été organisés dans l’Aisne, la Somme et l’Oise, sur des parcelles principalement destinées au pâturage bovin. Objectif : observer et mieux comprendre la dynamique de la flore présente.

S’il existe quelques milieux prairiaux sauvages, la majorité des prairies actuelles sont le résultat de l’activité des éleveurs. En effet, sans pâturage ni fauche, les arbustes colonisent progressivement le milieu, entraînant sa fermeture. Une prairie se caractérise donc par une végétation capable de supporter des prélèvements réguliers, que ce soit par le pâturage ou la fauche. En Hauts-de-France, le CEN a recensé plus de 300 espèces prairiales, avec une diversité très variable selon les parcelles : de 10 à 15 espèces dans les prairies les plus appauvries, 30 à 40 dans une prairie « moyenne », et jusqu’à 90 dans les prairies les plus riches.

Sur le terrain : tour des prairies à la ferme des Bayottes (Oise)

Les deux premières prairies visitées sont gérées de façon similaire, en pâturage tournant dynamique (« un parc, un jour »). Leur principale différence réside dans la nature du sol : l’une est implantée sur un fond humide, tandis que l’autre se situe sur un coteau plus sec.

1. Prairie humide
La prairie présente un couvert végétal dense et homogène, sans sol nu apparent. Fin juin, elle est en attente de son troisième tour de pâturage, le premier ayant eu lieu fin mars (portance insuffisante avant cette période).

Les premières espèces observées appartiennent aux graminées « précoces productives », comme le ray-grass, la houlque laineuse ou le pâturin des prés. Adaptées aux sols riches, elles développent de grandes feuilles au printemps afin de capter un maximum de lumière. Leur cycle de croissance et de sénescence, d’environ vingt jours, les rend peu adaptées au report de stock sur pied, qui consiste à laisser l’herbe en place pour la pâturer en période de plus faible pousse. Il faut les consommer au « juste » moment, il y a donc peu de souplesse pour l’exploiter.

Ces graminées sont favorisées par le pâturage tournant dynamique, car ce sont les seules à « résister » à un retour au prélèvement rapide. Cette observation montre que la fréquence de pâturage influence directement la composition floristique de la prairie.

Quelques espèces à sénescence semi-tardive, comme le trèfle blanc et le trèfle violet, sont également présentes. Leur croissance est plus lente au printemps, mais leur feuillage
reste vert plus longtemps, ce qui les rend intéressantes pour le stock sur pied.

2. Prairie sur coteau séchant
À l’inverse, cette prairie présente un couvert végétal moins dense, avec quelques premiers signes de dégradation visibles : zones de sol nu, nanification de certaines espèces et
colonisation par des plantes en rosette (pissenlit, laiteron…).

Observons maintenant une troisième prairie, située en haut du coteau séchant, mais conduite de manière différente. Contrairement aux précédentes, elle n’est pas intégrée au
pâturage des laitières. Destinée aux génisses, elle bénéficie de temps de repos plus longs, laissant à cette végétation plus tardive le temps de faire son cycle et mettre en réserve. Les signes de dégradation observés sur la prairie précédente ne sont plus visibles. La flore est plus diversifiée, avec une plus grande richesse en graminées et en légumineuses, avec cette fois des espèces à senescence plus tardives : de l’avoine dorée, du trèfle violet, de la minette, du lotier…

3. Révéler le potentiel de chaque prairie
L’observation de ces prairies montre que des pratiques identiques ne produisent pas les mêmes résultats selon le type de sol. Les prairies en sols séchants ont besoin d’un temps de repos plus long et un mode de prélèvement adapté afin d’éviter leur dégradation. Contrairement au ray-grass, ces espèces ont besoin de plus de temps pour réaliser leur cycle et reconstituer leurs réserves avant un nouveau pâturage, mais elles ont l’avantage d’être plus adaptées à un report du stock sur pied (aptes à garder leurs feuilles vertes plus longtemps). Ainsi l’objectif est de trouver une place et une fonctionnalité à chaque prairie, sans uniformiser les pratiques.

Mieux connaître les caractéristiques de son sol et le fonctionnement des espèces présentes permet ainsi d’adapter la gestion des prairies et à la flore de s’exprimer. En variant les pratiques selon les parcelles, l’éleveur renforce également la résilience de ses prairies face aux « à-coups » climatiques. Chaque prairie peut alors remplir une fonction spécifique, à condition que son usage soit adapté à son potentiel.

Pour en savoir plus : Marion Theriez, 07 87 32 12 54, m.theriez@bio-hdf.fr